Grand Trail du Canigó (Canigou pour les non-Catalans)

labastide2Vendredi 30 juin 2017 : Midi, l’heure de déjeuner, et aussi, une fois n’est pas coutume, de retrouver Marsou et Arthur. Direction une pizzéria histoire de faire un peu de gras avant notre périple du lendemain le Grand Trail du Canigó avec ses 63km et 3600 de D+ annoncé. Arthur est venu en assistance encore convalescent suite à sa luxation de l’épaule, mais pour Marsou et moi, demain fera office de test. En effet depuis L’ultra Cerdanya réalisé un mois en arrière, lui a été pris dans le boulot et moi dans la rénovation, du coup les entrainements ont été fait un peu en dilettante. Ce qui fait que nous arrivons un peu à poil sur ce parcours, mais d’un côté ça nous permettra de tester nos acquis et nos fondamentaux. La pizza avalé il est 13h c’est parti pour quelques heures de route vers les Pyrénées, c’est toujours pénible d’ailleurs la route avec Arthur. Arrivé à Ille sur Tet la route se remplie de virages et se rétrécie et une 50aine de minutes plus tard nous voici à La Bastide qui sera notre base de vie jusqu’à dimanche matin.

pluieSitôt arrivés nous filons retirer nos dossards dans la salle qui sera le QG du trail durant tout le weekend, après quelques bavardages avec l’orga nous filons monter le camp de base. Mais là … Surprise la pluie arrive et bien gaillarde, nous mettons alors l’opération montage de tentes en stand-by histoire de ne pas nous transformer en Bob l’éponge. D’ailleurs la météo pour la suite que dit-elle ? A l’heure qu’il est il neige et grêle sur le Canigou, en revanche pour demain, alors que la pluie était prévue, le temps devrait, jusqu’en début d’après midi, se dégager. Hep là une éclaircie, vite il est temps de tout installer, heureusement en 15 minutes tout est monté et maintenant, il peut pleuvoir.
Petit à petit d’autres traileurs, qui semblent pour la plupart bien affutés, arrivent et plantent leurs tentes à nos côtés. Les bénévoles s’activent eux à la préparation du repas du soir, une belle ambiance familiale rejaillit de la part tout ce staff, on voit que le plaisir de nous accueillir est sincère. 20h la paella est prête et nous nous attablons parmi les organisateurs et les coureurs. 20/20 pour la paella elle passe, et repasse même, trop bien. Et derrière bim ! Un camembert à la braise !! What else ? Côté coureurs, la salle se vide peu à peu, nous décidons de ne pas en laisser une miette et vers 22h30 hop au lit, sous la tente et sous la pluie qui s’est à nouveau invitée. La nuit va être courte, la course démarrant à 6h, c’est à 4h que le réveil va sonner. Mais bercé par le cliquetis de la pluie sur la toile, j’aurai droit à 5 heures d’un bon sommeil réparateur.

camp4 heure !!! Bim !! Il est l’heure. Bizarrement, je me sens en pleine forme malgré l’heure matinale et le rythme de boulot de ce dernier mois. Espérons que ça dure. Marsou lui aussi à l’air en canne et motivé. Arthur lui … En fait on s’en fout il ne court pas. Nous filons dans la salle prendre le petit dej, tout le staff est à pied d’oeuvre pour nous accueillir. Les traileurs ne logeant pas sur place arrivent eux aussi et … Qui voilà ? Les parents de Marcelin qui ont fait le trajet, cette nuit, depuis Limoux pour lui faire la surprise. Le temps des derniers préparatifs, le dernier choix de tenue, malgré la température un peu fraiche j’opte pour le short et le tee shirt 3D-Flex, et range la Storm dans le Camel en espérant ne pas à avoir la sortir.
5h45, le brief sur la ligne, nous sommes 157 à nous présenter dans l’aire de départ, pour l’instant le tracé initial est maintenu mais des membres de l’orga ayant passé la nuit au refuge des Cortalets vont aller voir si le Canigou est praticable. Le jour se lève peu à peu et c’est le 5, 4, 3, 2, 1 et BIM !!! (notez l’évolution des BIM’S) Le départ est donné dans les rues de La Bastide bien remplie de monde malgré l’heure plus que matinale. J’avais un peu peur que ça partent plein gaz, mais non c’est assez tranquille, même si devant un groupe d’une dizaine de personnes a pris les commandes avec à son bord Marsou. Je me laisse un peu plus glisser en arrière pour me caler dans les 30 et à la sortie de ce charmant village qu’est La Bastide, après un coup d’oeil devant et un coup d’oeil en arrière, je m’aperçois que le peloton est déjà bien étiré.

BaillestavyDès les premières bosses, moi qui pensais me mettre en mode marche rapide très vite, ben non j’arrive à trottiner sans pour autant entamer mon capital pour la suite, c’est drôle comme parfois les sensations sont là alors que justement elles n’étaient pas prévues au programme. Assez vite je reprends du terrain sur quelques coureurs et me retrouve isolé, comme j’aime. Cette première partie qui dans une dizaine de kilomètres doit me mener au village de Baillestavy est géniale, du sous-bois, de la bosse mais pas trop raide qui permet de te mettre en canne pour la suite, des descentes où, sans forcer, tu peux envoyer, des traversées de rivières, la fraicheur du matin mêlée aux odeurs de la forêt, bref je vous décris là un peu pêle-mêle les sensations que j’ai eu mais elles me sont venues un peu toutes comme ça durant ces 10 premiers kilomètres. De temps en temps je donne un coup d’oeil à la montre histoire de voir si je ne m’enflamme pas un peu trop le pissou, mais non tout est dans le vert, je suis même en sous régime et pourtant pas trop mal placé. Ça pourrait d’ailleurs m’inquiéter un peu mais non, je profite de ce début de course comme rarement j’en ai profité.

mas_maletChemin faisant me voici à Baillestavy où je retrouve Arthur et les parents de Marsou. Je m’enquiers de la position et de l’état de forme de Marsou, tout est bon, il est second et pépère, de mon côté je suis dans les 20. Je refais les niveaux des gourdes, un petit quart de banane et repars à la marche accompagné quelques mètres par Arthur et file vers de nouvelles aventures. aussitôt après avoir franchi un pont je file à gauche et au bout de 300 mètres apercevant la route qui m’a mené au ravito et surtout n’ayant pas vu de rubalise depuis un moment je faire demi-tour et m’aperçoit que j’ai zappé le balisage comme un bleu ! Bah 600m de plus sur ce type de format c’est pas bien grave. Je tombe alors sur un groupe de 4 coureurs et nous entamons l’ascension du village ensemble. La température est montée et nous sommes à découvert ça cogne pas mal même à cet endroit. Un peu au dessus du village, bien isolée, se trouve une belle maison avec des panneaux solaires et une citerne qui annonce l’entrée en sous bois. On commence à rentrer dans le vif du sujet, les côtes se font plus saignantes, les singles plus agressifs mais là encore ça passe crème. Le petit groupe de 4 se dissous peu à peu et à nouveau me voilà isolé en pleine nature.

single4km plus tard et 500m de d+ plus haut et ben y a plus qu’à attaquer une belle descente histoire de partir plus bas avant d’attaquer la rude grimpette vers la montagne sacrée des Catalans. Je ne suis pas tout le temps à mon aise dans cette descente, mais je gère pas mal. En revanche un groupe de 5 ou 6 coureurs me passent en file indienne descendant plus vite tout en discutant et plaisantant. Une mini bosse plus loin et me voici au Mas Malet lieu du second ravito. C’est là que le boulot commence. Devant nous, 10 kilomètres et 1400m de D+ avant le ravito suivant, j’inspire un bon coup, m’enlève un petit cailloux dans la chaussure qui me gavait depuis un moment mais que j’attendais d’être au ravito pour le virer, un verre de coca, les niveaux des gourdes, quelques fruits secs, un quart de banane… N’en jetez plus BIM !!! Feu … Dré dans l’pentu ! C’est parti on Kiki… Les premiers hectomètres montent sec et en sous-bois, et c’est pas mal que d’être à l’ombre, il est un peu moins de 9h du matin et le soleil catalan commence à cogner. Je me mets en mode bâtons aux mains et musique sur les oreilles et poc à poc, comme ils disent en Catalogne, j’avale la pente. Tantôt je rattrape un coureur tantôt je me fais doubler, mais il y en a un qui me colle au basque depuis 20 bonnes minutes maintenant. Je m’arrête alors pour boire, pensant qu’il surtout qu’il allait me doubler et que j’allais être un peu seul, mais il s’arrête à son tour. Je lui demande s’il veut passer mais il me dit que le rythme lui convient. Bon en temps normal ça ne m’aurait pas forcément gêné, même si j’aime bien échanger par moment et être seul à d’autres. Mais là le petit soucis c’est qu’en prenant de l’altitude il me faudrait pouvoir par moment, comment dire … Libérer des gaz ! Et avec un gugus à 50cm derrière ce serait quand même un peu malvenu. Du coup je repars à la marche avec un très bon tempo et à la faveur d’une moindre inclinaison de la pente trotte jusqu’à ce que je lui colle une 30aine de mètres, j’ai enfin la possibilité de me libérer, délivrer … !

panoramaPar moment les arbres s’écartent et laissent place à une vue comme rarement il m’en a été donné d’avoir. La tramontane a dégagé le ciel et la vue s’étend jusqu’à la mer, je marque d’ailleurs quelques pauses pour profiter de ce panorama. D’ailleurs après avoir lancé un petit film à la GoPro, et me sentant étonnamment bien malgré le dénivelé avalé, je me fais un petit comptage des pulsations et là encore surprise, après 30 secondes de pause je suis à 80 puls minute, trop bon ça ! Hop hop hop on continue et ça griiiiiiimpe. Deux heures plus tard après le dernier ravito me voilà en vue du refuge des Cortalets lieu du 3ème ravito dominé qu’il l’est par le majestueux Canigó. Je m’approche et là, petite déception mais largement compréhensible, la grimpette sur le pic est annulée, un itinéraire bis a été mis en place. Durant la nuit la grêle et la neige de la veille ont gelé rendant impraticable l’ascension du sommet. En revanche ils nous on concocté une boucle qui au final amènera le trail de 63 à 66km et le dénivelé de 3600 à 3800m de D+. Après une petit pause au refuge, certes un poil déçu, mais, comme me lance à raison un membre de l’orga, à vaincre sans péril on rentre à la maison intact, je file sur cette nouvelle boucle qui doit me ramener au refuge dans 10 kilos.

les-cortalets_refuge-des-cortaletsLes deux premiers kilomètres se font dans la pente puis c’est la descente, très caillouteuse et bien technique. Tapi dans le single, un méga big cailloux m’attaque alors le gros orteil droit, j’y serai pour à une belle entaille, un futur bel ongle tout neuf, mais ça c’est pas bien grave, car je sens que mon genoux n’a pas aimé l’onde de choc. Comme pour l’ultra Pirineu je sens monter une belle inflammation au niveau du genoux droit. Immédiatement je me remémore certains passages douloureux de cette course, me voyant grimacer à chaque portion de descente. Et là ça revient pareil, chaque impact me plante comme une aiguille à tricoter (les plus jeunes si vous ne visualisez pas cherchez sur Google image) sous la rotule. Passés 10 minutes je décide de stopper et de me strapper avant que la douleur ne soit insupportable. Je colle donc une bonne contention et repars dans la pente. Certes la douleur, durant cette longue descente, est atténuée, mais elle est loin d’avoir disparue.

vachesHeureusement que maintenant c’est de la piste et vu tout ce qu’on a descendu, elle s’annonce comme grimpante. Cela fait environ 5h30 pour 32km de parcouru que je cours et c’est pour le moment le seul incident notoire. Durant la suite de la piste revenant aux Cortalets mon genoux se refera la cerise. Il me faudra quand même un peu moins de 2 heures pour parcourir l’itinéraire de délestage, certes pas le meilleur moment de la course entre piste et genoux sensible, mais il m’aura lui aussi offert de jolis points de vue. Je retrouve alors les mêmes bénévoles au refuge, ils ont les bons mots avec tout le monde, et font preuves d’une extrême gentillesse et bienveillance notamment avec ceux qui arrivent pour faire leur boucle. Maintenant c’est place à du plat sur un single à flanc de montagne et là ça déroule super bien. Je me cale sur un petit dix à l’heure des familles et les kilomètres vont défiler. Parfois la traversée d’un pierrier m’oblige à passer à la marche, la présence d’un avion ou d’un hélico qui est venu s’échouer ici me rend un peu perplexe. Et puis bim des boulets ! Comment ça des boulets ? Un couple, en tenue de course à pieds, qui faisaient leur sortie du dimanche (un samedi ok) et qui prenaient des photos, à mon passage et à celui d’un autre coureur nous emboîtent le pas. Bon là rien de grave, mais V’là ti pas qu’ils se mettent à papoter, rien de méchant non plus, mais de là à les entendre dire « ah ben tu vois on arrive à les suivre » et l’autre de répondre « ils ont quand même fait 45km eux mais on les tient bien oui ». Du coup à la faveur d’une belle descente ce sera posage de mine et ils disparaîtront… Z’ont pas suivi !

panoCelà dit juste derrière cette belle descente, qui au passage ne m’a pas entamé le genoux (vive l’élasto), se dresse un joli mur long de près de 2km qui lui va bien me ramoner la tuyauterie. Heureusement derrière c’est plat et peu technique et du coup, hop, ça repart plutôt bien. 51ème kil end of the GPS et oui la batterie a rendu l’âme va falloir sentir les kilomètres maintenant. Bon il n’en reste plus que 15 ! Après de magnifiques passages dominant toute les vallées, tantôt cerné de vaches tantôt de chevaux, il se met à pleuvoir et à cailler un peu. Du coup enfilage de veste et hop on se lance dans la pente amenant à la Tour de Batère lieu du dernier ravito. Je me pose un peu, refais le plein, il reste 13 bornes avec 2 bonnes bosses à passer et le reste est en descente. D’ailleurs après avoir salué et remercié les bénévoles je pars à la marche avalant deux sandwichs jambon fromage. Une fois engloutis je me remets à trotter puis à pas trop mal envoyer dans une longue descente peu technique en sous bois. Par moment mon orteil vient se rappeler qu’il a été lâchement attaqué par une pierre, mais bon tout coule.

tour de batèreNous traversons alors un magnifique petit village dans lequel on m’informe qu’il ne reste que 8km environ, yes !!! Pas que je sois trop entamé mais bon la balade commence un peu à durer maintenant. D’autant qu’à la sortie du village, il y a une longue montée qui va elle, par accumulation, me démonter un peu. Ouf une fois en haut je suis content de pouvoir trottiner, il ne m’aurait pas fallu un ou deux kilomètres de plus dans cette portion. J’ai un peu de mal dans la descente qui suit tout de même, les tendons commencent un peu à couiner et les quadris à chauffer. Un peu de route, c’est par là que nous sommes arrivé hier en voiture, on bifurque à droite, je travers une rivière et là … The Mur, durant 200 mètres non de non ça te ratatine les cuissots. Et derrière que de la montée douce pour rejoindre La Bastide. Je sais que j’en ai pour moins de 2 kils, du coup je me colle la tête dans le guidon, enfin dans les bâtons, j’enlève la musique ! et c’est au pas cadencé que j’aperçois les premières maisons. Enfin au détour d’un virage, je suis presque content de voir Arthur, c’est pour dire si la côte m’a bien entamé. Je lui demande des nouvelles de Marsou … Il a gagné ! Enorme en 8h39, un tueur ! De mon côté je lui fais part de ma précision, je lui avais dit « j’arrive pour 18h » et il est 18h02 … 12h de course pour moi et lorsque nous arrivons tous les deux dans la salle d’arrivée j’apprendrai que je suis 41ème ! Inespéré au vue de la forme et des concurrents qui m’avaient semblé bien affutés.

arrivéeMarsou n’est pas là, non pas qu’il ne voulait pas voir mon arrivée, mais il a du se soumettre à un contrôle anti dopage inopiné. Et bien déshydraté qu’il était ça lui prendra un bon moment avant de pouvoir uriner. Messieurs Dames de la lutte anti dopage, après un ultra, privilégiez les prises de sang, la déshydratation n’est pas la même qu’après un cent mètres. Une bonne douche plus tard me voici opérationnel pour la récup. Là encore l’orga a mis les petits plats dans les grands, bières à loisir et plats de pâtes à gogo, mais on se contentera des bières car nous avions prévu le magret au barbeuq. C’est donc tout en voyant arriver les autres concurrents que nous dégustons bières et magrets avant que la fatigue, bon il est quand même 23h, n’ait raison de nous. Les derniers traileurs franchiront la ligne à 2h du mat, respect ! Et surtout respect et merci à toute cette belle équipe qui nous a offert un si beau weekend, tant par la beauté de la course que par leur gentillesse. On a vraiment passé un super moment et c’est un peu nostalgique que le lendemain nous les avons salué en partant après le petit dej.

Côté groupe il y avait du lourd, Greg bouclait le dimanche le tour des glaciers de la Vanoise 73km et 3800 de D+ en 270ème position. Quand à Quentin et Emilien ils se sont frottés au gratin du trail sur la Pierra Menta d’été et bouclent les 3 étapes d’un total de 70km et 7000D+ en 171ème position, bravo à vous tous !

Place maintenant … Bah à la suite des travaux de la maison en attendant le 10 septembre la Canfranc-Canfranc avec ses 100km et ses 9000 de D+. Du coup en fonction des possibilités je calerai surement une petite course au mois d’aôut, un peu nostalgique cette année de ne pouvoir participer au Trophée des Montagnes avec ma Zazaw.

En vous souhaitant un bel été, de beaux dénivelés et de belles courses !

To Be Continued …

Crédits photos Grand Trail du Canigó & DR

labastide

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