Ultra Pirineu 2016

ultraVendredi 23 septembre 2016 : 12h30 rendez-vous avec Marsou, Théo, Kent et Arthur (Isa est restée à la maison avec la meute) sur un parking carcassonnais, après un sandwich rapidement avalé direction Bagà en Catalogne pour disputer L’Ultra Pirineu… Enfin pour moi… Marsou, Théo et Arthur, en assistance, se sont également alignés sur la Nit (5km pour 800 de D+ ce soir en nocturne) et Kent est là uniquement pour l’assistance. J’avoue que depuis que j’ai accepté cette invitation je suis relativement fébrile. Certes j’ai une certaine caisse liée à la prépa et aux courses réalisées ces derniers mois, mais là c’est quand même un grand bond en avant dans l’inconnu. Le parcours long de 110km comporte 6800m de D+ autant dire une belle balade passant à plusieurs reprises à 2500m d’altitude. Cette course est d’ailleurs la manche finale du Skyrunning World Series, bref y a du pain sur la planche. Autre raison qui fait que je ne suis pas fricot, il y a quinze jours, en voulant trop borner, je me suis fait une belle contracture au mollet, bilan en 2 semaines une seule sortie de 7km en course à pied et 30km de vélo, rien d’autre, et le mollet enfin les soléaires plutôt, sont toujours douloureux comme s’il y avait un hématome. Et puis ces deux dernières semaines ça a pas mal enchainé sur le plan « j’ai pô d’Chance », soucis de lieu d’entrainement pour le groupe, panne de voiture… Un peu comme si la nature se liguait pour me dire n’y va pas. Mais au fond de moi il y avait une petite voix qui me susurrait « oublie que t’as aucune chance et fonce, sur un malentendu ça peut passer ». Non en fait je me disais que si je n’y allais pas j’allais le regretter.

perfilEt oui car pour avoir ce dossard j’ai eu la chance de bénéficier d’une invitation (Merci Santiago), sans elle, impossible de participer tant le nombre de postulants est grand et les places limitées à 1100, pour les catalans c’est un peu leur UTMB. Voilà donc pour résumer un peu l’état physique et psychologique dans lequel je me trouvais avant la course. Le trajet se déroule sans accroc, juste un peu de pluie de l’autre côté des Pyrénées, puis un bel orage, Aïe ce n’est pas de bonne augure pour la course de ce soir et la mienne demain matin. Mais c’est sous une éclaircie que nous arrivons à Bagà.

afficheDirection la salle de retrait des dossards, où par chance nous tombons directement sur Santiago et son épouse, parce que là sinon c’était le binze… D’un côté le retrait des dossards pour l’Ultra (1100 participants) de l’autre ceux pour le marathon avec autant de coureurs. Rajoutez à cela la présence de 50 nationalités différentes, et mon espagnol se limitant à « una cerveza por favor » ou encore « hola que tal », celui d’Arthur se limitant à « Olé » quand à Kent, Théo et Marsou, ils devaient avoir 3 mots de plus que nous à leur vocabulaire… Santiago nous dit de repasser à 19 heures pour le dossard, du coup nous prenons la direction de l’auberge qu’il nous a conseillé, histoire de poser les sacs et que Théo, Marsou et Arthur se préparent pour leur course. Et oui car à 20h30 feu ils décolleront pour leur KV nocturne. La pluie qui tombait alors par intermittence se fait plus forte et régulière, avec parfois de bons coups de tonnerre, du coup Arthur enfile son costume de trouillard et renonce à la Nit, il restera avec Kent et moi sur Bagà pendant que Marsou et Théo prendront la direction de la Molina, lieu de la Nit. L’auberge se trouvant à environ 8km de Bagà, Marsou et Théo nous déposent à la salle des sports, et filent… J’ai le sésame en main, dossard et dotation… Comme on dit YaPluKa ! Nous nous dirigeons alors vers le centre de Bagà et trouvons un bar qui faisait un peu de restauration rapide. Bon pour la diet d’avant course on repassera car pour le coup ce sera pizzas surgelées que nous dégusterons accompagnées d’une boisson houblonnée en attendant le retour des deux Kvistes (cherchez pas le terme dans le dico je viens de l’inventer). Vers 23h ils sont là et ravis car ils ont pris la 27ème place pour Marsou et la 40ème pour Théo, très belles perfs ! Direction l’auberge pour un bon dodo, mais en rejoignant la voiture sous la pluie, aïe le mollet tire un peu ! Bon on verra demain !

departEt demain nous y voilà, le temps passe vite hein ? 5 heures du mat ! Après un copieux petit dej, le sac vérifié au moins 358 fois, direction le sas avec Théo, Arthur et Kent, Marsou s’étant calé l’auberge – zone d’arrivée (ce sont les 14 derniers kils de notre périple) en mode séance il les rejoindra après. J’ai le bidou un peu noué en rentrant dans cette zone au milieu des 1085 autres participants. Je m’efforce de ne pas penser au mollet, je sais qu’il ne lâchera pas mais je sais aussi qu’il va m’envoyer pas mal de signaux, j’essaie donc de le caser dans une petite zone de mon cerveau que je ferme vite à clé et que même la clé je la jette dans une fosse au lion. 6h40 du mat, je dois me trouver au milieu environ et les speakers s’en donnent à coeur joie, l’ambiance est électrique, tu peux lire 10000 choses dans les regards de chacun, de l’envie, de la peur, de la joie, tout cela en même temps bien souvent, autour j’entend parler catalan bien sur mais aussi anglais, ou encore d’autres langues que j’ai, sur le coup, du mal à déterminer. Plus que 2 minutes, je fait un petit film à la GoPro, Plus qu’une… Tic tac Mon coeur s’entirbouchonne autour de mes chevilles comme un vieux slip moite, plus que 30 secondes, la pression !!! Et bim les fauves sont lâchés dans les rues de Bagà. C’est parti pour un périple de 110 km sans oublier les 6800m de D+ qui vont avec !

depart-bagaJ’appréhendais un peu le départ, je n’aime pas me retrouver en file indienne sur les singles à subir les allures et parfois même les odeurs des autres coureurs, mais là je dois avouer que le tracé permet au peloton de s’étirer rapidement et de ne pas créer un millepatte humain. M’enfin cela dit c’est un peu large mais ça grimpe bien, première portion 7,7km et 995m de D+ avant le premier point de ravito. sur toutes les portions de pistes je reprend du monde et dans les singles, quand je n’ai personne devant je m’applique à caler un bon tempo tout en prenant soin de regarder où je pose mes pieds car la visibilité à cette heure ci n’est pas tip top. Certains discutent, d’autres commencent à bien souffler, les bâtons cliquettent dans tous les sens, bref on y est dans le jus. Dès que tu croises un spectateur, et il commence déjà à y en avoir, tu as juste l’impression d’être Kilian Jornet. Je n’ai à ce jour jamais vu un tel enthousiasme dans le public, dès que tu passes à côté de quelqu’un c’est du « venga, venga » ou du « ánimo » avec une telle ferveur que tu te prends pour un champion du monde, j’exagère, mais en attendant, toutes ces clameurs qui parfois te dressent les poils te font avancer en minimisant la fatigue, et ce n’est qu’un début !

10kmNous progressons beaucoup en sous bois quand tout à coup, peu avant le premier ravito, flap falp flap (je fais bien le bruit des pals) un hélico nous filme en rase-motte à une vingtaine de mètres au dessus de nous. Par moment le mollet me rappelle un peu à l’ordre, mais j’ai jeté la clé tellement loin qu’il n’insiste pas, le signal repart illico et non pas hélico, non elle est nulle celle là. Et c’est ainsi que je rejoins le premier poste de ravitaillement, premiers sourires échangés avec les bénévoles, je ne traine pas top, je fais le plein des gourdes, prend une banane et la déguste en marchant sur les mètres qui suivent. Direction le U2 où se trouvent Kent, Théo, Marsou et Arthur, à 6km au dessus avec 930 de D+. Quand je serai là haut j’aurai quasiment fait un double KV. Mais pour l’instant je n’y suis pas. Plus je progresse dans l’ascension, plus le paysage est sublime, au loin devant je mesure quand même la tâche qui m’attend, je vois les coureurs serpenter « dré dans l’pentu » en face et de part et d’autre… Wahou ! les deux vallées avec à gauche en bonus une mer de nuages. Je prends quelques secondes pour admirer le panorama et repars boosté par le spectacle offert.

Tout va bien dans le meilleur des mondes, le soleil est là, le public présent un peu partout et toujours aussi génial, la montagne, le grand air, c’est juste de l’or en barre, en même temps je ne m’enflamme pas le pissou car je sais que la route est longue quand j’aperçois au loin le point de ravito le U2, point qu’ont rejoint un large public en faisant la grimpette en télécabine. 2h53 de course et « seulement » 14km et 2000 D+ de fait depuis le départ. Au fur et à mesure le public devient plus dense et encore plus bruyant, c’est génial, j’aperçois alors mes 4 Compañeros, arrivé à leur niveau Théo m’emboîte le pas, c’est lui qui a mon sac d’assistance, et nous pénétrons dans la zone de ravito. Le plein des gourdes, des bananes et ouf une chaise et je me masse les jambes à l’arnica juste en prévention car tout va bien, mais il reste encore 96km et 4800 de D+. Après avoir pris le temps de raconter un peu cette première partie de course, je repars, non sans jeter un oeil au paysage et bim je file dans la descente ! Les appuis sont parfaits et je file à bonne allure.

Mais ce serait trop simple si la descente restait comme ça, non peu à peu viennent se rajouter quelques pierriers, puis des passages à même la roche, par moment s’intercale un bon coup de cul qui vient te cisailler les quadris, impossible de se caler sur un rythme linéaire, sans cesse à la relance ou en recherche d’appuis, au final je me fatigue beaucoup plus là que dans le double KV de tout à l’heure, ou bien l’alliance des deux fait que la fatigue commence à arriver… Mais non, pas le droit d’être fatigué à ce moment là il y a trop de chemin à parcourir encore. Après un passage en mode via ferrata, voilà qu’une grosse montée bien raide se profile mais arrivé au sommet je ne peux m’empêcher de m’arrêter à nouveau pour contempler le spectacle, je ne met pas de mots, juste la vidéo au dessus est, je pense, suffisamment parlante, à ce moment là je comprend à 100% pourquoi je suis là, sublime ! 20km de parcouru et 4h et quelque de course. Il y a maintenant un descente de 8km en grande partie sur de la piste et je décide de la prendre en mode « je me refais la cerise ». Et c’est à un peu plus de 10km/h que je descends tranquilou en me faisant doubler à de multiples reprises. Pour info je perdrai près de 80 places sur ce morceau, mais qu’est ce que j’ai bien fait. D’ailleurs la bosse qui se présente maintenant face à moi et qui va m’amener au 28ème kil, lieu du U3 (le 3ème ravito), me dit que j’ai bien fait de gérer car certains coinçouillent et peinent à trouver le bon tempo. Une fois au ravito je m’assois un moment pour enlever des petits cailloux qui étaient rentrés dans les chaussures, Comme d’hab, le plein des gourdes, des bananes et il est midi et demi donc j’attaque l’apéro avec des amandes et des noisettes. Et hop après 5′ d’arrêts aux stands c’est reparti mon kiki, direction le U4, où seront présents les 4 gangsters, à 11km de là avec une majorité de descentes et de portions plates.

40emeLe paysage se rapproche plus de notre garrigue au fil de ma progression, la température se fait plus chaude et j’augmente le rythme d’hydratation. Sur les parties peu technique je me force à ne pas accélérer, je reste humble face à la distance restante. Pour le moment ça paye, cela fait un peu plus de 6 heures que je cours et je suis frais comme un Lançon, heu un gardon, pas de bobo, en tous les cas auxquels je pense, et les guiboles vont bien. Je sais qu’il va y avoir un gros ravito au 40ème et il me tarde de grignoter un peu de pâtes. Nous traversons deux petits villages bien typiques, là encore il y a plein de monde dans les rues alors que les premiers ont du passer il y a au moins 2 ou peut être 3 heures, mais le public reste et te pousse, te sourie, t’encourage. Alors bien sur parfois je ne comprends pas tout, mais je leur glisse toujours un merci. Et c’est ainsi que chemin faisant j’aperçois le 40ème kil. Et qui vois-je au bord de la route ? Des vendeurs de merguez ambulants ? Non … Ce sont Théo, Marsou, Kent et Arthur, qui ont mis la table, les chaises et le barbeuc et qui se font griller des saucisses au milieu du public, il n’y avait qu’eux pour faire ça !

40kmThéo me suis alors direction la salle de ravito, et hop contrôle du matos obligatoire… Je présente ce qu’on me demande, veste étanche, couverture de survie et téléphone, ça passe… Et hop direction une belle assiette de pasta miamm ! J’en profite pour remettre un coup d’arnica aux guiboles, je change de tee-shirt, je quitte mon T-shirt de trail 3D-Flex PERFECT pour le 3D-FLEX SPRINT, je prend une poignée de tranches de saucisson et repars à la marche accompagné de Théo d’abord, puis des 3 autres Compañeros dans la foulée. Marsou me dit que c’est parti pour de la grimpette en 3 temps et qu’on ne se revoit plus qu’au U7 soit dans 34km. Sur la partie plate je marche tranquillement et à l’amorce de la pente je chausse mon mp3 sur les oreilles, visse les bâtons dans les mains, la tête dans le guidon et pendant les 10km et 720 de d+ qui me sépare du U5 je ne vais pas lâcher le morcif … Je ne saurai dire pourquoi mais la pente et la musique m’inspire et peu à peu je me la joue à la Pac Man en gobant un à un les coureurs. Nous sommes en sous-bois et la pente à beau être raide, je ne surchauffe pas. C’est mon instant de grâce je crois car quand j’arrive au U5 (je ne le saurai qu’après) j’ai repris plus de 90 places.

45Je ne reste pas longtemps sur le U5, je repars avec une méga poignée de banane tagada quand même et hop hop hop me remet à l’attaque. 9h05 de course pour 50 bornes, je suis dans mes estimations. Attention je ne parle pas de clous, le temps je m’en moque mais j’avais estimé mon temps à un peu plus de 20h donc ça colle et je ne suis pas cramé, mais attention il me reste encore 5km pour être seulement à la moitié de la course. Dur dur d’ailleurs ces 5km avec des passages en pose de mains sur la paroi, des marches de près d’un mètre dans la roche, mais alors, là encore la vue certes te coupe le souffle mais elle te mets une de ces claques que de toi même tu relances un peu comme si tu étais pressé de voir la suite du film, c’est énorme. Le vent commence à se lever et, sur le versant où je suis, le soleil commence à décroitre, un coup d’oeil au gps il ne me reste que 3km avant le prochain ravito, j’attendrai d’être là bas pour mettre ma veste avant de grimper à nouveau à plus de 2500m. Certains passages dans des pierriers son délicats, mais, sans pour autant avoir à ce moment là l’agilité d’un chamois, ça passe tranquillement et surement. Soudain un concurrent stoppe devant moi, il est perclus de crampes, j’essaie de communiquer mais avec mon espagnol niveau CP j’ai un peu de mal, je lui propose un gel, il décline gentiment, et je repars. Que ce soit en faux plat montant ou sur le plat j’arrive à bien trotter et les descentes se prennent là aussi à la course, j’adore cette partie et jusqu’au U6 reprend encore quelques places.

50kmJustement le voilà le U6, un beau refuge de montagne planté au pied de la prochaine grosse ascension. Je prend le temps d’enfiler ma veste imperméable, de bien manger, bon en restant raisonnable juste 5 sandwichs au jambon, des amandes, des noisettes, et des bombecs !! Youpi !!! Il y a là sur ce ravito un contrôle de matos et juste devant moi un coureur ne repartira pas, il n’a pas de veste imperméable, c’est la disqualification pour lui, il est abattu, mais en même temps la suite donnera raison à l’organisation. Je repars donc avec le plein dans le bidou et ma poignée de saucisson et là OUFFF c’est raide !!! Il y a environ trois kils à plus de 35%. Je me retrouve en 2ème position d’une file de 5 coureurs et chacun sans mot dire nous allons emboîter le pas à notre ouvreur occasionnel que je ne manquerais pas de remercier en haut. Les respirations sont profondes et lentes chez chacun de nous, le tempo est bas mais constant, heureusement qu’il y a eu cette personne pour m’amener au sommet. Il me faut marquer un temps de pause au sommet, le vent est glacial et le brouillard monte sur l’autre versant. Il va y avoir un peu de plat puis ce sera la descente vers le U7 pendant 8km. J’enfile mon Buff, monte la fermeture de la veste et trotte sur tout le plat. Quand arrive la descente, elle a beau ne pas être raide je commence à ressentir une gène au niveau du genoux gauche.

74emeLa nuit commence à tomber et puis hop là voici… et elle n’a pas chassé le brouillard, heureusement plus je descend plus celui-ci se disperse. A ce moment là je pense qu’il ne me reste que 3km pour rejoindre les potos au U7, mais je me gourre complètement car je pensais que le ravito était au 70ème mais non il est en fait au 74ème et ça je ne vais avoir la présence d’esprit de vérifier qu’à 1km de ce dernier, autant dire que ces 3 kils ont été longs car dans l’attente. Je n’ai plus le paysage pour me distraire tant la nuit est épaisse et le genoux m’empêche maintenant toute course en descente, au mieux je suis en marche rapide. En revanche je peux encore trotter sur le plat, mais c’est une denrée rare dans le coin. Enfin les voici, j’ai perdu un max de places plus de 40 en arrivant sur le U7, mais ça c’est secondaire. Je me pose, prend un anti-inflammatoire, un sandwich à la saucisse qui descend tout seul, me masse les jambes, discute un peu avec les potos, ça fait du bien de les voir tous ! Il est 21h40, je cours maintenant depuis 14h30 et j’ai parcouru 74km. Je suis encore dans mon prévisionnel, mais le genoux ne me rend pas optimiste loin de là. 15′ après, inutile de trop se refroidir Go !! Je file abandonnant là les potos qui seront sur le prochain ravito.

74kmAprès avoir fait une centaine de mètres avec eux, je m’enfonce dans la nuit noire. L’avenir toujours si clair pour moi était devenu comme une autoroute sombre la nuit. Nous entrions sur des territoires inconnus faisant l’histoire à chacun de nos pas. Non ça c’est dans Terminator !! Mais bon l’histoire c’est mon genoux qui allait la faire, devant moi une belle portion montante, ça roule, je mets plein gaz et ça monte, je vois même des frontales derrière moi perdre du terrain peu à peu, mais dès qu’il y a une portion de descente, Aïe, même à la marche c’est douloureux du coup je vais bien moins vite sur des parties pourtant hyper-roulantes que dans des côtes. Je m’applique à arriver en fléchissant le moins possible ma jambe mais certains appuis m’arrachent de petits cris de douleurs. Heureusement que pour rejoindre le U8 il y a plus de plats et de côtes que de descentes. Mais j’appréhende la suite car je sais qu’entre U8 et U9 il y a 4km d’une sacrée descente. De plus, la pluie a fait son apparition, fine au début elle se fait plus soutenue au fil du temps. Le brouillard est là lui aussi, masquant les racines rendues glissantes par l’humidité, ce qui créé des figures de rattrapages plus ou moins artistiques.

82emeEnfin le U8, une tente posée au milieu de nulle part, mais chauffée et surtout avec les amigos. Le moral repart un peu à la hausse, il est minuit, ils sont eux aussi sur le pont depuis 7h du mat, l’abandon n’est même pas envisageable, il reste 28km, je sais que je ne risque pas de blessure, c’est juste une inflammation liée à une compensation en début de course, alors Go !! Après avoir grignotté et fait le plein de mes gourdes je repars avec les compadrés sur une grosse centaine de mètres, puis me lance dans la descente de 4km qui rejoint le U9. Il me faudra 1h15 pour parcourir ces 4 km !!! Une horreur, c’est raide, ça glisse, et chaque pose est plus douloureuse que la précédente, C’est je crois l’un des deux pires moment de ma course. Heureusement sur le U9 je retrouve une bande de gentils débilos. Là aussi une tente plantée au milieu de rien, musique à fond et des bénévoles sur ressorts qui sautent, dansent et t’encourage comme si tu étais le premier de la course. Le moral remonte, et je repars en compagnie d’un petit groupe de 4 coureurs. Les sourires sont revenus sur les visages grâces aux joyeux drilles du ravito, comme quoi la tête fait avancer tout le reste. 14 km pour rejoindre les monstres sur le U10… Hop hop hop !!!

kent-marsouIl ya là une bosse de plusieurs kils qui se raidit au fil de l’avancée, elle ramone les poumons mais au niveau guiboles ça passe et je reste dans ce petit groupe, mais à la bascule, aïe les 10km qui vont suivre vont être compliqués. De la descente, encore de la descente, toujours de la descente, en temps normal j’aurai été ravi mais là le genoux m’envoie du 220 volts à chaque pose de pied gauche. Les dix kils me semblent interminables et puis au fil de mes pensées, comme en Camargue, c’est mon petit frère et son combat qui me reviennent en pleine face, sa lutte, ses souffrances. En fait il n’est jamais bien loin, il suffit de s’ouvrir et il arrive, je ne sais plus combien de temps ça a prendre mais ces 10 kils je vais y passer au moins 3 heures dessus, mais pas seul, je n’ai même pas besoin de a musique, ça passe, j’ai mal mais c’est secondaire, je remonte 13 ans en arrière et revit beaucoup de beaux et de moins beaux instants. Je rigole même tout seul dans le noir à moment donné en repensant à la tête des infirmières qui ne me trouvaient plus dans ma chambre quelques heures après mon don de moelle osseuse, alors que j’avais filé au bâtiment à côté pour retrouver Gaël. Et cet ainsi que j’arrive au 96ème … Lieu du U10, à l’auberge où nous avions logé la veille.

arthurRapidement je sors de mes pensées en voyant un être jaune affublé d’un bonnet de marin … Ahhhhh Mmm SlimaCk !!! Mais ce n’était qu’Arthur qui avait un peu froid, je les avais tellement fait attendre que Marsou et Kent s’étaient même assoupis l’un contre l’autre. Sur ce ravito il y a aussi Santiago et son épouse, je leur parle du genoux et ils me présentent au médecin qui est présent. Ils sont deux, regardent, et me font comprendre que c’est enflammé et qu’il n’y a pas grand chose à y faire. Je me tourne alors vers l’un d’eux et lui dit « je n’ai pas fait 96km pour craquer à 14km du bol de sangria » évidemment incompréhension et l’épouse de Santiago qui rigole et leur traduit, du coup ils me strappent histoire de minimiser les flexions et hop !!! C’est parti… 14km c’est quoi ? Alors Marsou me met un peu en garde, il a fait le parcours en 2 heures ce matin, aïe ah oui ! Santiago me dit que j’en ai pour 2h30. Bon … Allez je leur dit on se retrouve dans 3 heures alors. Et je file ! Si j’ai bien tout compris il y a 5km environ de grimpette bien raide avec au moins 5 traversées de cours d’eau, 2km de descente, 2 de côte ultra raide et pour finir descente et plat jusqu’à l’arrivée… Fuego !! Comme on dit là bas !

nuitToute la première partie de l’ascension, bien que très exigeante, se passe crème, j’amène même un groupe de 4 qui par moment peinent à suivre. Musique aux oreilles tout roule. Mais au bout de 4 kils de grimpette et je ne sais combien de traversées de cours d’eau, j’ai un coup de barre et là c’est mon mp3 qui me fait rire en passant la Homosexualis Discothecus (pour ceux qui ne connaissent pas c’est ça et je peux te dire qu’à ce moment là je revois le film et me marre). Bon n’allez pas raconter à tout le monde ce qu’il y a dans mon mp3 hein ? Je passe du coup rapidement au U11 dernier ravito, la descente qu’il y a là se passe à la marche mais le genoux reste calme. Mais quand tu es en bas il reste, « boh », juste un coup de nez… Mon oeil 2km à plus de 35%, une tuerie, j’ai beau le prendre calmement, les quadris brulent, les épaules à force de pousser sur les bâtons aussi, le souffle est court, c’est dur, mais l’arrivée n’en sera que plus heureuse je me dis. Plus que 6km environ de descente ! Allez tu tiens le bon bout ! Devant moi, c’est de la piste, pas très abrupte, mais les 104km ont eu raison du genoux et à nouveau chaque impact est douloureux, j’ai mal, rien d’autre à dire sur cette partie, heureusement à 3km de l’arrivée le téléphone sonne, et je l’entend, c’est Isa, ça me fait du bien de l’entendre et quand le plat arrive, reboosté par cet appel je me met à trottiner, un peu à la vitesse d’un limaçon amputé de ces 4 pattes (comment ça ils le sont déjà ?) mais au moins je cours et ça passe plus vite. Plus que 2km, plus qu’un … J’aperçois Bagà !

arriveJ’entre dans Bagà… Là une côte de chez côte me refait passer à la marche, à son sommet du public qui te relance comme ce n’est pas permis, mais là le hic 3 escaliers à la suite, c’est dur pour le genoux, je descend en mode crabe, et puis la voici, l’arche !! Les copains, le public, des larmes, des rires, de la souffrance, de la fierté, je pense à Matthis et à Marin, ça y est papa l’a fait il est arrivé au bout du Géant Catalan, il l’a vaincu ! Je suis finisher… Je fais partis des 42% de partants qui ont gagné, car pour moi la victoire est là, certes à la 368ème position, mais sur une manche du Skyrunning World Series, avec 1085 coureurs chevronnés au départ… What Else ? Ai-je envie de dire !!! Marsou, Théo, Arthur et Kent me rejoignent sous l’arche pour une photo souvenir, j’ai ma médaille de finisher, elle est belle ! Il est 8 heures du matin… 25 heures de course plus tard me voici Ultra Pirineu tu m’as donné du fil à retordre mais je suis là ! Et fier !! Un sandwich bien chaud et une bonne bière vont parfaire le tableau. Avec les Compañeros on est bien là. Un grand merci à eux pour cette assistance aux petits oignons et surtout ce soutient sans faille. Vous avez cru en moi les potos, du fond du coeur merci. Merci à Isa qui a du vivre cette aventure de loin, mais y a pris une part active avant, pendant et après, merci à mes deux petits monstres d’être fier de leur Papa, et désolé pour ceux et celles qui ce sont inquiétés pendant ces 25 heures. 25 heures que je ne suis pas prêt d’oublier.

48 heures après je suis déja beaucoup moins maché et le genoux va mieux, c’est une simple bursite, le mollet lui tire un peu, donc un peu de repos et comme le veut la formule :

To Be Continued …

Photos Théo, iancorless.com et DR

finisher

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