Ultra Cerdanya : Le Marathon

logoVendredi 3 juin 2017 : 16h30 fin du boulot, je file récupérer Marsou et feu ! Direction Puyvalador qui sera pendant 48 heures notre camps de base histoire de se rapprocher au mieux de notre course du lendemain : l’Ultra Cerdanya. C’est sur la version marathon que nous nous sommes alignés 42km et près de 2500m de D+ la promenade promet d’être bonne. Depuis le Duo de l’Hermitage je n’ai laissé que peu de place à la récupération. Enfin côté course à pieds j’ai du alléger pas mal car, compte tenu de notre nouvelle acquisition immobilière, les travaux de rénovation prennent le pas sur les séances. du coup l’enchainement boulot, travaux, entrainements laisse peu de répit et de temps de pauses. Mais je me suis un peu fait une raison pour les trois mois à venir et vais prendre les courses prévues comme elles viennent en donnant le max et sans se prendre la tête.
Chemin faisant nous évitons un bel orage qui nous a précédé et a laissé dans le Carcanet pas mal de coulées de boue. D’ailleurs en parlant d’orage il est aussi annoncé demain en fin de matinée sur Puigcerdà… Bref ça va être tendu en terme de timing, parce que bon si on peut éviter les éclairs à 2500m d’altitude c’est toujours mieux, encore que si l’on est courbé dans les côtes ça peut nous redresser… Et oui un éclair ça fout droit non ? Ok ok, je vous ai prévenu je suis fatigué !

veilleNous voilà donc posés à Puyvalador, un bon repas, un peu de boisson à base de houblon avec Marsou et modération et hop hop hop, au lit car demain le réveil est remonté pour 4h du mat, et oui nous avons 1h20 de route encore. D’ailleurs c’est l’heure, après 4 à 5 heures de sommeil, les paupières bien lourdes il faut se lever, se préparer et filer, tout ça dans l’ordre sinon il y a des chances d’arriver en calbut sur la ligne de départ et dans ce cas là ça risque de coincer au point de contrôle matos ! Sur la route nous croisons 5 ou 6 biches éparpillées en train de profiter de la quiétude matinale et, comme promis par le gps, 1h20 plus tard nous voici à Bellver de Cerdanya qui sera notre lieu de départ. Marsou semble connaître le village comme sa poche, sur le coup je me dis qu’il a du faire une course ici un peu plus tôt, mais non, en fait c’est moi qui ai couru ici et lui était en mode assistance… En fait Bellver était le lieu du ravito du 40ème kilomètre de L’Ultra Pirineu, dans cette « configuration » je ne l’avais pas du tout reconnu, mais là maintenant les images reviennent et les souvenirs aussi. Leur grillade improvisée sur le bord de la route, Théo perdu dans la zone de ravitaillement, je m’étais massé, j’avais avalé un plat de pâtes et j’étais reparti bien guilleret, j’avais 7h de course au compteur. D’ailleurs si j’en juge le profil du jour il colle un peu avec les 40 premier de l’Ultra Pirineu, du coup je me met ce temps là à ne pas dépasser en tête.

traceUne fois garé nous nous dirigeons au centre de Bellver, bien haut perché, et assistons au départ du 85km. L’ambiance comme à l’accoutumée est terrible, la musique, des bénévoles surexcités, un ravito sur l’aire de départ des plus complet, on sait toujours aussi bien organiser en Espagne. Nous retirons nos dossards, laissons le sac avec les affaires pour l’arrivée, ben oui l’arrivée est à Puigcerdà ce n’est pas une boucle et achevons les derniers préparatifs. Le temps passe et bizarrement aucun stress, j’ai l’impression de partir sur une petite distance, je ne vois pas la course comme étant longue. En même temps c’est vrai que cette année après 4 ultras avalés un 42km ça parait courtissou, même si le D+ est conséquent et mal réparti. La quasi totalité du d+ se situe sur les 20 premiers kilos, la suite c’est la descente, ce qui donne un profil assez atypique et laisse augurer de passages bien pentus.

departLe contrôle du matos obligatoire effectué, nous voilà dans le sas de départ qui se garni peu à peu, toujours pas de stress encore moins de pression, j’ai l’impression de partir pour un 20km. L’ambiance monte en même temps que la densité du sas augmente, puis le brief de l’orga auquel, bah comme d’hab, ne parlant pas la langue on s’est contenté d’acquiescer, puis le décompte 5, 4, 3, 2 (Vu que vous ne comprenez pas trop le catalan je suis sur, je vous le fais en version chiffre) et mince le 1 est passé et après 1 c’est … BIM !!!! Nous voilà lâchés dans les belles rues pavées de Bellver. Nous descendons à plus de 15km/h ces rues étroites et devant moi crac, un coureur se vrille la cheville, course terminée après seulement quelques hectomètres, j’ai beaucoup de peine pour lui d’autant que l’on peu lire en une fraction de seconde sur son visage une profonde tristesse. Mais la course file, et file même trop vite, il faut lever le pied, mais après un peu plus d’un kilomètre, quoiqu’il en soit les affaires commencent et me voilà dans la première montée. Devant c’est déjà loin, j’aperçois pour la dernière fois Marsou à une cinquantaine de mètres devant. La chaussée en même temps qu’elle se raidit s’est sacrément réduite, très vite nous dominons le beau village de Bellver, mais ce n’est que le tout début des festivités, il suffit de lever sa tête pour voir que le profil de la course n’est pas exagéré 1400m de D+ en 11,5km bah ça se voit et encore … On ne voit pas tout ! Je suis très content de mon tempo sur ces premiers kilomètres, dès que je peux passer à la course je m’efforce de le faire en me disant qua la course est « courte » (en clair je gère moins que sur un 100 bornes) et mon rythme quand je suis en mode marche bâton est propre.

bellverCôté météo parfait, même un peu (beaucoup par moment) chaud, les singles sont certes raides mais peu caillouteux à cet endroit, je me surprends à placer de belles phases de run (aidé par les bâtons) dans des portions à fort dénivelé, le souffle est posé, seuls les quadris tiraillent un peu par moment, entre travaux et test d’effort (très mal tombé) effectué la veille quoi de plus normal. Cependant je me fais malgré tout doubler très régulièrement et ça c’est pas très gentil !!! Ben quoi t’as l’impression d’avancer et d’être bien et là t’as un gugus qui te passe comme un chamois dans une côte escarpée à plus de 20% et qui en plus te lance un sympathique Olà, sur le moment tu les hais gentiment ces gens là tout en les regardant s’éloigner. Par moment je lance un coup d’oeil en arrière, la vue est splendide dominée par La Molina. 5 kilomètres de parcourus quand surgit le premier ravito. Le plein des gourdes, une banane et feu, pas le temps de trainer comme je peux le faire sur plus long, dommage car ce hameau dont les maisons sont toutes en pierres sèches était des plus accueillant, tout comme les bénévoles présents d’ailleurs.

monteAprès des petits sentiers joueurs avec quelques portions planes qui permettent de trotter et de dégourdir un peu les guiboles ankylosées qu’elles sont par la pente, le paysage change mais pas le pourcentage de la pente, il me tarde maintenant de faire la bascule. A m’en’donné je crois que ça y est j’y suis car nous nous élançons sur de la descente… Heureusement que je ne m’enflamme pas le pissou car très vite je me rappelle qu’il y a un ravito au 11ème kil qui marque la longue descente vers Meranges. Je perds encore 3 ou 4 places à l’amorce du dernier bec avant le ravito et ouf ! Le voilà, il était temps, 11,5km de montée et 1500 de D+ avalés, ça pique mais je décide de ne pas trainer car devant il y a 6km de descente. Là aussi je ne profite pas trop du ravito et de la bonne humeur ambiante … Yippee-ki-yay en avant toute !!! Et là c’est un régal, la descente est un peu raide mais pas de cailloux alors pour le coup je m’en donne à coeur joie et réalise même un petit kil en 3’45, je reprend du monde ce qui me donne envie d’en reprendre plus… .

premier lac… Mais calme toi jeune Padawan la route est encore longue et semée d’embuches, je lève un peu le pied et me laisse glisser à travers les arbres, par dessus les ruisseaux de montagne sans piocher dans les réserves. Et c’est ainsi que j’arrive à Meranges. Je sais que je suis au pied de la « dernière » vraie difficulté, pour le moment je suis plutôt serein et l’idée de terminer par 20km de descente tout à l’heure m’enclin à vendre la peau du nounours un peu avant l’heure. Je remplis mes gourdes, une banane à la main, une poignée d’amandes, un salut aux nombreux spectateurs et bénévoles et hop allez on y va, encore un peu et c’est fini je me dis… Dès le début de l’ascension comment dire raide est un peu faible comme mot, c’est du 30% direct qui plus est sur une espèce de ciment qui laissera sa place bien vite à une piste, puis à du single. Devant moi tout le monde est à la marche et derrière aussi. Tout les coureurs semblent si proches les uns des autres alors que tout à l’heure nous étions tous isolés dans la descente. Je n’avais pas mesuré la tâche qui m’attendais, 5km et un peu plus de 900 de D+ pourtant les chiffres étaient posés, je cale mon tempo sur ma respiration, implore Jean-Claude Dusse « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce ! On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. », et pose mon cerveau sur le bord de la piste.

Volta Cerdanya Ultrafons 2015Malgré mon rythme de bigorneau durant la première moitié je ne me fais pas remonter et puis à l’entame du sous-bois c’est le drame, le moteur coince, je me vois contraint de faire une minute de pause pour boire et laisser mes muscles s’oxygéner, derrière ça remonte et ce sont une bonne 30aine de coureurs qui en l’espace de 2km vont me doubler et ça pour le moral c’est pas bon du tout. Pourtant le paysage est somptueux digne des plus belles cartes postales, mais il ne suffit pas à me relancer. Bon an mal an j’arrive tout de même au refuge de Malniu, cerné par deux superbes lacs de montagne, et marque une petite pause au ravito. Je sais que j’ai passé les plus grosses difficultés mais le moteur est encore grippé, les 3km de crêtes plates ne parviennent pas à me relancer, même le début de la descente est compliqué, heureusement qu’elle n’est pas tellement technique et qu’elle offre de magnifiques panoramas. Malgré tout je me force à tout courir car encore une fois la distance ne permets pas les temps morts, la récup ce sera pour plus tard.

ruisseauPetit à petit ma foulée reprend forme et arrivé au ravito du 27ème, ayant les gourdes suffisamment remplies je badge simplement et file sans marquer de temps d’arrêt. J’entre alors dans un sous bois et soudain une bestiole me coupe la route à raz du sol, une espèce de poule ou de coq ou peut être de grosse perdrix, ce qui non content de me faire sursauter me file une bonne montée du cardio perdu que j’étais dans mes pensées. Mais en même temps j’ai le double effet kiss cool ce petit pic d’adrénaline m’a permis de retrouver de bonnes sensations sur la descente, je commence à reprendre du monde, et recolle bien surtout sur les portions rendus plus techniques par les pierres. Je dévale et la vue sur Puigcerdà me booste encore plus. Sans pratiquement m’en apercevoir j’arrive à Guils, lieu du dernier ravito, je bois un peu d’aquarius, échange un peu avec les bénévoles qui font en plus l’effort de me parler en français et m’annoncent qu’il ne reste que 8km… 8km ? Merci à tous j’y vais !!! Bye … Et c’est parti pour du plat de la descente et quelques faux plats montants. Je me fais alors un copain de route qui depuis le départ me doublait en côte et que je reprenais en descente. Content de nous revoir nous nous relayons ou courons côte à côte. Mais à la faveur d’un long faux plat ma cadence baisse et je lui fais signe d’y aller.

escaliersPlus que 3km allez il faut tenir ! J’essaie de ne pas tomber sous les 11km/h mais ça devient compliqué, les tendons tirent, je me fait un peu doubler mais malgré l’envie je ne marche pas, je trotte. Puigcerdà devant moi est, mais Puigcerdà plat n’est pas (c’est maître Yoda qui l’a dit) et pour au sommet arriver, les escaliers tu prendras ! Et des escaliers il n’en manque pas. Mais bizarrement dès les premières marches je créé les automatismes du stade quand on travaille dans les tribunes et, même si à moins de 2km de l’arrivée je n’aime pas faire ça, je reprends 3 personnes. Les dernières marches sont pénibles, les cuissots brulent, mais ça y est j’entends les clameurs de la zone d’arrivée et devant moi mon copain de route de tout à l’heure qui se retourne et me fait signe de venir à ses côtés. Super sympa de sa part et c’est à deux que nous franchissons la ligne sur laquelle se trouve maître renard (le vrai, enfin la mascotte de la course) qui vient immédiatement échanger en français sur le ressenti de la course. Il m’aura fallu 6h06 pour venir à bout en 103ème position de ce marathon pentu, 6h06 que je n’ai pas vu passer, ou alors c’est oublié et si je dois résumer en quelques mots, ambiance au top, paysages de fou, super niveau ! Et Marsou alors, et ben Marsou il est là devant moi maintenant et il a tout dégommé, il termine 15ème en, accrochez vous, 4h26, il m’a mis une belle rouste en se mettant en mode Marsou missile.

Il est temps pour nous d’aller récupérer en terrasse autour de tapas et de binouzes et d’échanger autour de ce superbe parcours sous l’orage qui vient juste d’arriver.

Côté groupe le lendemain, jackpot !!! sur les relais du Marathon de Carcassonne 7 athlètes du groupe, répartis sur 3 équipes, prennent les premières places de chaque catégorie !!! BIM !!! Bravo à tous !!!

Place maintenant à un peu de récup et beaucoup de travaux dans la nouvelle maison en attendant la prochaine course.

To Be Continued…

Crédits photos : Ultra Cerdanya et DR

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