UTMC – Ultra-Tour de la Motte Chalancon – Version 2018

Vendredi 20 juillet 2018 : 9h et des poussières on embarque, Isa, les 3 toutous, le matos de camping et moi dans le Berlingo Coupé-Sport (cherchez pas le modèle il est unique), direction la Drôme où nous allons participer à l’UTMC pour la deuxième fois. En 2016 nous avions tous les deux participé, Isa sur le 13km et moi sur le 86km => C’est ici ! Cette année on rejoue tous les deux sur les mêmes distances, mis à part que mon 86km/4500D+ s’est métamorphosé en 82km/5000D+ et c’est une bonne chose pour la suite. En effet je pars à la Motte avec un bon gros bloc accumulé, 70km de course à pied et 55km de vélo les 6 jours précédents, avec simplement 36 heures de récup entre le bloc et la course. En clair j’ai positionné cette course dans l’optique du Tor des Géants qui débutera le 9 septembre. Mais bon pour l’heure nous voilà sur la route et il fait bien chaud d’ailleurs !

Vers 14h30 nous voilà arrivés au Camping « Le Village », idéalement situé à 500 mètres du départ et bordé par une rivière. Installation du camp de base, et hop hop hop nous filons retirer nos dossards. Sur place nous tombons immédiatement sur Guillaume, le chef d’orchestre de l’UTMC, et deux ans plus tard c’est toujours avec le même enthousiasme et la même gentillesse qu’il nous reçoit. C’est un trail comme on les aime, familial, à dimension humaine, avec une armada de bénévoles qui sont aux petits soins, et je ne parle pas des paysages à couper le souffle tout au long du parcours. Retour au camping ensuite où, tout en avalant notre repas, nous attendons Christophe et David, mes potos du Team CimAlp, qui se sont alignés eux aussi sur le 82km.

Cela fait plusieurs jour que la météo menace, une alerte aux orages est en cours. Et le SMS ne tarde pas à tomber, départ repoussé de 4h à 6h du matin… Yeah ça va me faire une belle grasse mat ça ! 2 heures de sommeil en plus c’est pas mal. Vers les 20 heures David et Christophe arrivent après un trajet bien difficile depuis Lyon, on installe rapidos leur campement sur le notre, quelques papotages et hop direction la tente pour essayer de se poser. Il y a deux ans avant le départ de cette course, la nuit avait été blanche, un peu de bruit, un peu de stress avaient suffit à m’empêcher de fermer l’oeil. Cette année, on prend les mêmes et on recommence… Mais j’exagère un peu car j’ai pu bénéficier des largesses de Morphée durant 30 bonnes minutes. Merci le bruit, merci le Big orage qui a pété. Bon moi qui voulait simuler au maximum les conditions de fatigue du Tor je suis gâté avec le manque de sommeil. A 4 heures, j’allume donc mon réchaud et me lance un café corsé des familles, un vrai café GPS que tu sens passer et que tu localises durant tout son chemin. Une bonne douche sous un nid de guêpes qui se sont réveillées lorsque j’ai allumé la lumière, un peu de bon stress en plus donc, habillage et prépa du Camel ! Bon ben Yapluka comme on dit. Pendant ce temps Christophe et David ont filé au retrait des dossards, nous voilà fin prêts !

Pas de stress de mon côté, même si pars doublement fatigué par la nuit et la prépa. Dans l’aire de départ on retrouve notre Jéjé, ancien CimAlp, et vainqueur sur l’édition 2017. C’est maintenant l’heure du Brief, il n’y aura vraisemblablement plus de pluie, il fait même chaud et la journée promet d’être torride. Guillaume nous parle des « petites nouveautés », Isa nous rejoints pour immortaliser le départ, on se presse dans le sas… 5, 4, 3, 2, 1 BIM les fauves sont lâchés dans les rues de la Motte. Nous sommes une centaine au départ, plus des équipes de relais, et le petit village de 400 âmes prend vie au son des clameurs des bénévoles et des spectateurs. Parti la frontale vissée sur la tête, je me rend compte qu’elle ne me sera d’aucune utilité, alors hop dans le Camel. Après un petit kilomètre nous sortons du village et dès le premier chemin nous retrouvons notre ami le Pentu ! Cet ami là on va souvent le retrouver durant la course, parce que là du plat, il n’y en a pas, ou vraiment très peu. Très vite la file des coureurs s’étire et nous voilà partis sur 4km avec un bon 500 de D+ d’entrée de jeu. Cette première portion passe très bien, les jambes sont là, les singles sont souples grâce à la pluie tombée cette nuit, les senteurs matinales me revigore, il fait frais, bref je suis bien. Au premier sommet nous basculons vers le charmant village de Chalancon très animé malgré l’heure matinale et là je sais que nous allons rentrer, après cette mise en bouche, dans le vif du sujet. Il y a devant nous 6km avec 700D+ pour rejoindre le premier ravito au lieu dit le relais. La grimpette est plus drue et les premiers pierriers font leur apparition. Mais là encore le soleil levant exhale les senteurs de thym rendant, ainsi, plus douce l’ascension. Les bâtons vont bon train et les guiboles suivent bien. Je fais un petit bout de chemin avec David qui prend ensuite peu à peu le large. Voilà maintenant 1h56 que le départ a été donné et j’aperçois le premier ravito, enfin quand je dis ravito ce serait plutôt le grand buffet tant celui-ci (et tous les autres d’ailleurs) est complet, il y a de tout et en grande quantité. Une banane, un coca, le plein de gourdes et hop je file après avoir salué les bénévoles.

En contre-bas le spectacle est splendide, La Motte se dessine en format miniature telle une maquette posée au creux de la vallée. Je n’avais pu admirer le spectacle lors de la première édition car le soleil pointait à peine le bout de son nez lors de mon passage à cet endroit. Encore un poil de grimpette jusqu’aux antennes et Zou, c’est la bascule tout d’abord raide et légèrement technique puis un peu de piste me permet de me caler et de me recharger complètement les accus. Le passage sur l’étroite arrête est à nouveau superbe, un petit mètre de large et la pente file à droite et à gauche. Première nouveauté pour moi le passage à la croix, une bonne pente raide, mais au final assez courte que j’avale sans tortiller. Un coup d’oeil au panorama me permet de voir au loin le camping. Durant la petite descente qui se profile, là encore je me recharge, même si les jambes étaient un peu lourdes au sommet, elles reprennent rapidement de la vigueur.

Je fais le plein des gourdes sur un point d’eau situé à seulement 5km du ravito de La Charce, où Isa m’attend, mais je sais que là je suis au pied du nouveau mur concocté par Guillaume et ses sbires. La température est bien chaude maintenant heureusement que nous progressons en sous bois car là, le voilà The Wall, pil poil devant et il ne fait pas rire, 1,2km et 300D+ ! Je m’impose un rythme régulier y compris au niveau respiratoire, mais très vite je surchauffe. Les jambes elles tiennent bien mais ma température monte en flèche, et je ne vois jamais le bout du sommet à cause de la végétation. Cette partie là sera longue, musculairement avec d’autres températures elle n’aurait pas laissé de traces, mais la chaleur, malgré une bonne hydratation, m’a mis un coup derrière la nuque. Me voilà quand même au sommet, plus d’arbre et face à un pierrier qui s’étend sur près de 2km. Droit dans la pente et dans la caillase. Même si les chaussures font leur job, régulièrement une pierre vient taper un orteil et au fil de la descente je sais qu’à la fin de celle-ci je vais devoir, à regret, me séparer de certains ongles par la suite. J’ai entamé mon capital orteil là et c’est pas top car je ne suis qu’au 35ème kilomètre. Il est bientôt 11h30 et soleil tape vraiment et ça n’aide pas non plus.

Il me tarde de retrouver Isa sur ces derniers hectomètres et de pouvoir m’arroser. C’est chose Faites, me voici à la Charce et j’aperçois Isa sur le ravito. Je me verse une gourde entière sur le coin du museau et sur la nuque, je bois, je bois et je bois encore, la température baisse un peu, mais les orteils eux ont ramassé et là aucune solution. Le tendon d’achille commence à bien tirer aussi, bref, la route va être longue ! De part et d’autre au ravito j’entend des « j’arrête » de certains coureurs. Les pourcentages et la température commencent à avoir raison de certains organismes. J’engloutis un peu de salé et hop repart avec Isa et une poignée d’amandes. Mais après 200 mètres de marche je me rends compte que j’ai oublié mes bâtons, heureusement elle me pique un sprint pour aller me les chercher, ouf ! Me voilà reparti par 30° environ. Un peu de plat, une traversée d’un hameau bien sympa et là les choses se compliquent. Je connais le parcours et je sais au combien j’avais ramassé alors que la température était bien moindre. J’ai de plus en plus de mal à courir les faux plats montants, les pieds me brulent et malgré une excellente hydratation ma température corporelle grimpe inexorablement. Parfois un filet d’eau s’échappe de la roche et je me mouille la nuque mais je vais passer 4km très difficile avec un gros arrêt à l’ombre de plusieurs minutes avec quelques picots dans les yeux. Quelques hectomètres plus loin je me retourne et voit Céline de la Team Coins Secrets, je l’attend et nous faisons un petit bout de route ensemble qui me permet d’évacuer les idées noires qui commençaient à venir.

Une petite descente en sous bois me retape un peu et l’ascension suivante plus douce et plus courte passe mieux, même si les pieds et le tendon tiraillent dans tous les sens. De temps en temps je bute sur une racine ou sur une pierre, car les pieds montent moins, et à chaque fois je capitalise les douleurs sur mes pieds. Un point d’eau me permet de refaire le plein des gourdes et de prendre un délicieux abricot et je repars ainsi jusqu’au ravito de la Fromagère, musique vissée sur les oreilles et les tracas du quotidien qui viennent te frapper en plein visage. Aucune pensée positive, je cogite, j’ai mal et les paysages ne suffisent plus à me remonter le moral, je suis dans le mal. L’idée de ne voir Isa qu’à Rémuzat me donne envie de jeter l’éponge, mais non, si j’arrête là inutile d’aller au Tor en septembre, il faut continuer ! C’est dans cet état d’esprit que j’arrive à la Fromagère et voit David. Sur le moment je me dis qu’il a fait une pause et me dis que ben… C’est cool on va pouvoir repartir ensemble et papoter. Malheureusement son genoux a eu raison de lui dans un pierrier et il stoppe la course. Nouveau coup de bambou, et puis il a les mots pour me relancer, m’encourager, sans s’en rendre compte il me rebooste, m’aide à refaire le plein et trouve les bonnes paroles. Triste de le laisser là, mais regonflé je me relance à l’assaut de la Fromagère. Et quel assaut, devant moi 3km et 500D+ d’abord en pente douce puis un peu comme Jean-Michel l’est devant un urinoir, la barre se place de plus en plus haut avec des passages à 42%. La musique me donne le tempo et j’avance, personne ne me reprend sur cette partie là, mais combien ce fut dur. Heureusement en haut… La récompense ! Une vue splendide.

En revanche la suite n’est guère réjouissante, j’ai du mal à courir sur cette longue portion de crête pourtant roulante, La musique est vissée sur les oreilles, les pensées vagabondes du côté obscur, mais je tiens pour le Tor, pas d’UTMC, pas de Tor ! Sorti des crêtes je plonge alors dans la descente vers Rémuzat, celle-ci est plus courte qu’il y a deux ans, mais aussi plus raide, donc impossible de récupérer. Petit à petit je retrouve des personnes sur les bords des chemins qui m’encouragent, ça m’oblige à sourire et du coup ça passe bien mieux, mais qu’est ce que je peux ramasser. Les muscles vont bien eux, mais mes pieds et mon tendons crient de concert. Tant bien que mal je regagne enfin Rémuzat où je retrouve Isa. Ouf ! Plus que 22km. Je change de tee-shirt, fais le plein de jambon, melon, pastèque, amandes, noisettes, bref… J’ai mangé de tout et bu un max de Coca. Et je repars accompagné d’Isa sur une centaine de mètres. Mais là, me voici au pied du mûr ! Le mûr de la course, le fameux passage aux échelles et en via ferrata de la course. Il y a énormément de passages avec des poses de main et pire, le soleil cogne pil-poil à cet endroit et le vent est aux abonnés absent. Il doit faire un bon 40° dans ce canyon vertical et impossible de commettre une erreur il faut rester lucide. Je vais progresser en mettant 45′ sur 1km, dès qu’un buisson produit un peu d’ombre je me place derrière, bois, refroidis un peu la machine et repars, ce fut long. Un peu avant le sommet un bruit me surprend, un bruit comme si 5 cerfs-volants me passaient au dessus. Bah non ce ne sont pas des cerfs-volants mais des vautours qui planant à 5/6 mètres au dessus en produisant ce bruit. Raté les gars j’en suis sorti je me dis, même si je sais qu’ils attendaient surement autre chose qu’un trailer en perdition. Enfin le sommet avec un point d’eau, je rempli une gourde, me la vide sur la tête, la re-remplie, la bois à moitié, ça va mieux… Mais que ça va être long. Et que c’est dommage d’avoir ces douleurs car ce trail est juste magnifique. Des couleurs provençales vous pètent aux yeux dans tous les sens, les reliefs posent fièrement au dessus des cours d’eau, c’est beau. Il me reste 17km et je vais les passer dans ce récit, ou plutôt vous les faire en deux lignes : dans le dur, tous les tracas du quotidien que les trails te permettent d’évacuer te reviennent dans la face, les pieds sont très douloureux, le bas du dos commence à tirer…

Heureusement le chemin fut émaillée de quelques étincelles. Le ravito de Léoux, où la bienveillance et la gentillesse des bénévoles me fit un bien fou, la musique, merci Boulevard des airs, qui m’a collé quelques frissons enfin juste ces quelques mots qui ramènent à Isa sur le moment « Si j’étais celui – Toi tu es la seule – Si je reste ici – Tu rentres à Bruxelles – Si j’ignorais tout de toi – Je resterais tranquille pour qu’on le soit – Si on ne s’était jamais vu – Je matterais tes fesses à ton insu ». J’arrive encore à courir, mais au train d’un limaçon, je suis en descente sur de la piste meuble à 9′ au kil, je suis à bloc ! Deux traversées de rivières me relancent les douleurs au tendon, mais à la dernière je sais que l’écurie n’est pas loin, allez plus que 500 mètres, 400, je rentre dans le village, il y a du monde, le sourire revient avec des larmes de douleurs dans les yeux, rire, pleurer, je contiens tout. 200 mètres, un escalier, un virage à droite, me voici au dessus de l’arche, virage à gauche, 30 mètres et me voilà sous l’arche… Ouf ! Fini en 15H30 à la 36ème position ! J’ai envie de rire, pleurer, crier, mais tout reste en dedans, un bisou à Isa qui aura fait preuve d’une sacré patience aujourd’hui, un coucou au speaker et je ne traine pas du tout. Direction la tente où je ne mangerai même pas, une bière, une douche et au lit. Je suis un peu plus rassuré maintenant, un gros bloc, beaucoup de fatigue, et un ultra très sélectif m’auront suffit à me positionner pour parfaire ma prépa au Tor. Merci Guillaume et tous tes bénévoles, continuez à partager avec nous vos chemins, votre joie de vivre et votre gentillesse. Et pour la petit histoire victoire de Jéjé et Christophe second, bref deux potos aux avants-postes, bravo les gars.

Le soir un peu avant de me poser je lis quelques SMS et l’un d’eux me fait monter des larmes de joies, la petite Naé est née, mon Mimi est Papa et Marine est maman, le premier bébé 100% team PapyCoach ! Cette course elle était pour toi Naé ! Bienvenue chez les fous !

Le dimanche place à Isa, on se cale avec Jéjé en terrasse, on reparle un peu de trail, et, l’histoire se répète, comme en 2016 elle gagne sa course et me remplit une fois de plus de fierté.

Merci infiniment à tout mon groupe d’athlètes qui m’ont soutenu tout au long de la course, même si je n’ai vu les messages qu’à l’arrivée, à toutes les personnes qui ont posté, à Isa, à Guillaume et à tous les bénévoles, et enfin à Mulebar qui m’assure un soutien nutritionnel au top et bien sur à CimAlp qui me permet juste de vivre ces rêves éveillés.

Prochain rendez-vous le 9 septembre à Courmayeur pour le départ du Tor des Géants !

To Be Continued …

Photos : Isa, David, DR

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